Voyager avec un poulain
Quatre mois ont passés depuis que nous avons quitté le Vercors avec Ambel.
A partir de ce jour, les priorités de notre voyage ont complètement changées, d’ailleurs tout a changé. Se remettre en route avec un poulain d'un mois, quitter les montagnes, en plein mois d’août n'est pas la chose la plus commune...nous avons pensé aux autres cavaliers qui ont voyagé ainsi et cela nous a donné du courage!
Le premier jour, nous avons rencontré une jeune femme qui revenait tout juste d'Equateur , elle nous a raconté qu'il est commun là bas de voir des poulains qui suivent leurs mère au travail, et cela même sur les sentiers de haute montagne. Ici les poulains sont surprotégés et certains du "monde équestre" peuvent être septique ou choqué. Mais existe- il meilleure école pour un cheval? Le jour ou Ambel sera en age d’être montée et attelée, plus rien ne lui fera peur, ni les camions, ni les trains, ni les gués, ni les grilles, ni les chiens, ni les tunnels... Elle sera prête à accepter toutes les nouveautés et toutes les inventions bizarres des Hommes.Au début, nous sommes repartis très doucement en augmentant peu à peu les étapes. Nous faisions de longues pauses à l'ombre, au bord des cours d'eau, les chevaux goûtent aux graminées qui les narguent aux bords des sentiers. Cela permet à Ambel de téter régulièrement et de se reposer. Nous nous sentons un peu comme des nomades ou des transhumants: avancer avec toute notre famille, au rythme imposé par la nature. Il ne manque plus que les steppes! La vision de ce petit poulain au milieu de nos chevaux me surprends un peu moins chaque matin..Mais essayez donc de traverser la place d'un village, remplie d’enfant en vacance, accompagné d'un poulain...voilà qui n'est pas chose discrète, je crois qu'Ambel a eu sa dose de caresses pour les prochaines années. Nous ne sommes pas passé inaperçu c'est sur! Plus qu'avant, il a fallu répondre aux curieux, souvent raconter notre histoire, et parfois justifier la présence insolite de la pouliche, je dois avouer, que certain jour, j'aurais préféré ne pas comprendre le français! Mais au fur et à mesure nous gagnons en assurance et essayons de privilégier les discussions à ..."intérêt réciproque"!!
Durant les premiers mois tout se passe bien. Nous essayons d’être à l'écoute des besoins du couple mère-fille. Un matin cependant nous avons frôlé la catastrophe: la longue corde s'était enroulée autour de l'encolure d'Ambel, il n'y a pas eu de blessures mais à partir de ce jour nous avons cherché à favoriser les moments de liberté au bivouac. Ainsi nous pouvions dormir tranquille et Olga brouter à volonté, ce qui n'est pas de trop pour une jument allaitante, mais complique où bivouaquer.Au début, nous avions peur qu'elle ne s'échappe pour rejoindre un étalon(oui oui c'est déjà arrivé) mais elle semblait épanouie avec sa petite et les deux hongres, elle est restée toute les nuits à proximité du tipi.Les rencontres avec d'autres équins ne se passent pas très bien, lorsque nous sommes obligé de traverser une pâture, nous nous armons d'un bâton car nous avons remarqué que le ou la dominante attaque la pouliche. Olga en bonne mère riposte violemment ce qui entraîne Irwin dans un dangereux rodéo. Ces moments sont source de stress mais heureusement plutôt rare.Les contraintes du à la présence de la pouliche sont certes nombreuses, mais elle nous apprend beaucoup sur les chevaux. Souvent elle nous fait rire, particulièrement indépendante, elle est joyeuse et curieuse comme le sont les poulains. Elle est de bonne compagnie, tout simplement craquante lorsqu'elle vient se coucher à coté de nous; l'ambiance au sein du troupeau change,le soir nous pouvons assister à des sessions de grattouilles interminables! Nos deux chiens Canelle et Sorgho sont un peu jaloux mais sont très proche d'elle! Nous trouvons une harmonie de groupe et en parallèle nous faisons de belles rencontre dans l'Allier ,la Creuse et le Lot. Nous découvrons des départements que nous ne connaissions pas encore, des spécialités culinaires originales, des bâtis magnifiques. Notre voyage ressemble à tout les voyages, plier les affaires tout les matins et les déplier le soir, trouver une fontaines, faire des courses, convaincre un maréchal de venir, nourrir les chiens, laver le linge,rencontrer des gens, trouver de belles pâtures...la belle vie quoi! Notre repas le plus commun et qui parait délicieux après une bonne journée: semoule à la crème et au thon, rapide et économique!Il y a aussi des imprévus: en septembre, Ambel se met à boiter, nous supposons un choc des caisses de bat au niveau de l'épaule. Au bout de quelques jours, nous commençons à envisager le pire: un rapatriement, mais n'avons aucun moyen de le réaliser, à 500 km de l'Aude, nous sommes trop pauvre. Parfois la vie est surprenante et la chance encore une fois est là: un ami de notre vétérinaire vit à quelques kilomètres( il est lui même vétérinaire et cavalier d'endurance), il nous mettra un grand champs, ainsi qu'un scooter à disposition. Il faudra deux semaines (interminables) d’arrêt pour qu'elle se rétablisse parfaitement et que nous puissions reprendre la route tous ensemble.L'automne est là et avec lui l'heure change, la pluie et l'humidité aussi mais une quantité innombrable de champignons, dommage qu'on ne puisse pas les faire sécher à cheval!!Les journées raccourcissent chaque jours, les premiers soirs nous nous faisons rattraper par la nuit et devront nous contenter de bivouac médiocres, monter le tipi à la frontale.Nous augmentons le nombre de kilomètres parcouru par jour , Ambel qui elle a bien grandis (et grossit, elle a du Comtois) nous suit pied nu. En l'observant nous voyons que ses pieds se durcissent, se solidifient et que la pousse de la corne est activée (tant qu'elle était légère nous n'avions aucun problème). Mais cela est insuffisant pour continuer, elle est sensible et commence à montrer des signes de "ras le bol", traîne un peu lorsqu'elle est libre et tire lorsqu'elle est attachée. Nous avons essayé de fabriquer des hippo-chaussons en cuir, ils ont bien fonctionné par temps sec mais dés qu'il pleuvait ils tournaient et se perdaient. Cela nous à permis d'arriver sur un terrain moins abrasif et le tapis de feuilles mortes nous à aidé à terminer ce périple.Il sera intéressant de voir comment les sabots d'Ambel évolueront, si le pied nu en voyage est possible, elle sera une bonne cobaye!Au total nous serons partit 7 mois, nous ne pensions pas revenir si rapidement dans l'Aude et encore moins accompagné d'un poulain. Mais nous sommes heureux d'avoir réussit à y ramener Ambel en bonne santé, nous avons aussi certainement eu beaucoup de chance!! Il était aussi temps d'arriver car Olga elle, commençait à montrer des signes de mécontentement, une perte d'état induisant une perte de moral ou bien est-ce l'inverse? Les derniers jours ont été glacial, nous avons rencontré les premières neiges sur le Pic de nore (une sorte de Mont Aigoual tarnais) et dormis dans un refuge délabré. En descendant nous avons retrouvé le virulent et infatigable Mistral des plaines viticole du Minervois. Dans ces moments là, on comprends pourquoi les Hommes se sont sédentarisés et surtout pourquoi ils ont inventés le poêle à bois! Mais quand les derniers kilomètres arrivent, il neige sur les Corbières, Razel mon hongre gris, régulièrement menacé de vente au cours de ce voyage, se protège du vent derrière moi et à cet instant je sais que nous allons repartir. Cette complicité, que nous arrivons à atteindre au bout de six mois, vaut tout les maisons douillettes de monde!Nous voulons profiter des prochains mois d'hivers pour effectuer quelques modifications sur notre matériel (par exemple remplacer les mousses des matelassures par de la laine), nous former en maréchalerie(se rendre un peu plus autonome) et aussi acquérir un second cheval de bât ainsi que des caisses de bât(car deux gros chiens, mine de rien, ça pèse lourd en croquettes).














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